mardi 24 juin 2008
Les Gnomes
Une discussion sur un forum m'a remis en mémoire l'existence d'un très beau livre sur les gnomes que j'avais chez moi, et il me prend l'envie d'en parler ici.
Dans ce livre, illustré par Poortvliet (wow... mine de rien j'adore les noms que peuvent avoir les gens des Pays Bas), on nous détaille toute la civilisation inventée des gnomes : leurs vêtements, la façon dont ils aménagent leurs maisons, leurs rites, leurs fêtes, leur gastronomie, l'éducation de leurs enfants, leur longévité... Je ne peux pas en dire grand chose de très intéressant, mais le livre lui même est vraiment agréable à feuilleter, et on a vraiment l'impression de découvrir une culture. Résultat, les gnomes qui sont des personnages fictifs trouvent un ancrage dans le réel, ce qui permet de s'imaginer plein de choses.
samedi 24 mai 2008
Pour en Finir avec Dieu
En ce moment, je lis "Pour en finir avec dieu" de Richard Dawkins (en Anglais ça s'appelle "La désillusion de dieu", mais il faut avouer qu'en France, même les croyants sont désillusionnés de dieu, pour la plupart, donc ça n'aurait choqué personne...), qu'avaient lu mes parents avant moi et qui est vraiment un très bon livre, à la fois très intéressant et assez drôle dans la mesure où on y apprend beaucoup d'arguments inattendus.
L'objectif du livre, c'est de rendre son lecteur athée, et bien que personnellement je sois à peu près aussi croyante que fumeuse ou fan de Tokyo hotel, je pense que ça devrait être assez efficace, car au point ou j'en suis (c'est-à-dire pas très loin, car je le lis à un rythme assez particulier), je ne vois déjà plus aucune raison qui pourrait pousser un individu même particulièrement soumis à croire en un dieu quelconque (conseillez-le à tous vos amis croyants, c'est pour leur bien u_u"). Je m'aperçois grâce à certaines anecdotes qu'en France nous avons la chance inouïe d'être un pays non seulement laïc mais également très athée en lui même (à l'inverse des Etats Unis où les athées sont la catégorie de gens qui fait le plus peur à l'opinion publique).
Quand je l'aurai terminé, je ferais un article plus approfondi, mais comme ça risque de prendre du temps je préfère en parler un peu tout de suite.
Pour l'instant, ce que j'aime le plus dans ce livre, c'est qu'il permet de donner des arguments très efficace pour expliquer à des croyants pur et dur (dans mon environnement quotidien j'en connais peu, mais sur internet c'est parfois aberrant) pourquoi il est logique de ne croire en aucune force surnaturelle toute puissante. Certains exemples sont aussi très amusant : un homme aux Etats-Unis veut organiser une manifestation contre un religieux fanatique et tous les policiers auxquels il fait appel menacent de lui casser la figure, une étude prouve que les gens malades ou agonisants pour lesquels on prie ne sont pas ceux qui se remettent le mieux (ça met la pression, mine de rien), les je-sais-plus-combien de vierges promises par le Coran sont en fait une mauvaise traduction pour parler de jolis raisons secs... Autant d'anecdotes non seulement intéressantes mais également drôles à ressortir dans un certain nombre d'autres débats.
Bref, personnellement je mets longtemps à le finir, mais en fait le livre est écrit en gros et c'est très accessible, donc il faut le lire ! Vraiment ! (Bon, je devrais peut être le finir, d'abord >_>")
vendredi 23 mai 2008
Sulamith
Dans la pièce "Nous les héros" (de Jean Luc Lagarce), que nous jouons cette année, on voit une troupe de théâtre un peu râtée dans son quotidien (j'en ai déjà parlé précédemment, si vous voulez plus de détails, et c'est vraiment une belle pièce). Durant le stage de théâtre, nous avons répété cette pièce, et une autre scène m'est sautée aux yeux. Elle est certes bien moins émouvante que le monologue de madame Tchissik, mais elle est avant tous extrêmement drôle : les comédiens se briffent au sujet de la nouvelle pièce qu'ils vont jouer, "Sulamith" de Goldfaden (un mélodrame complètement alambiqué). Ca nous donne :
SULAMITH
MONSIEUR TSCHISSIK. - Vous voulez lire ça, maintenant ? Si
tard ?
LA MÈRE. – Ce n'est rien, si nous ne l'écoutons pas, nous ne pourrons jamais rien reprocher à Karl. Sulamith de Goldfaden. C’est Karl qui a tout organisé.
KARL. – Je n’ai rien organisé. C’est une idée que j’avais et j’imaginais que nous pourrions peut-être monter des pièces différentes de notre répertoire traditionnel...
RABAN. – C’est à proprement parler un opéra‚ mais toute pièce chantée‚ quoi qu’on fasse‚ dans les villes ou bourgades comme celle-ci‚ toute pièce chantée finit toujours par être appelée opérette et nous devrons l’admettre. Cela semble plus facile à retenir.
MAX. – Ce seul détail me paraît indiquer de prime abord une aspiration esthétique bizarre‚ prématurée et artificielle et qui de plus‚ coupe le chemin de l’art européen dans une direction en partie fortuite. Bon. Excusez-moi. Passons...
LE GRAND-PÈRE. – Est-ce que ce sera long ?
LA MÈRE. – Sulamith de Goldfaden.
KARL. – Je raconte brièvement l’histoire. Un héros sauve une jeune fille qui s’est égarée dans le désert...
MADAME TSCHISSIK‚ chanté. – Ich bet dir grosser‚ starker Gott...
MAX‚ il traduit. – Je t’adresse ma prière‚ O grand Dieu puissant...
KARL. – Torturée par la soif‚ la jeune fille – Mme Tschissik‚ donc – la jeune fille s’est précipitée dans une citerne. Elle est en train de se noyer.
MAX. – Le héros la sauve.
KARL. – En ça qu’il est un héros.
LA MÈRE. – Et ils se jurent fidélité.
RABAN‚ Chanté. – Ma chère‚ ma bien-aimée‚ mon diamant trouvé dans le désert...
KARL. – Tout en invoquant la citerne‚ donc et un chat du désert qui a les yeux rouges... À priori‚ à ce moment de la pièce‚ la référence à ce chat n’est pas très claire‚ mais nous verrons plus tard combien cet animal jouera un rôle décisif‚ terrible‚ un rôle terrible dans la suite et le bon déroulement du drame.
MONSIEUR TSCHISSIK. – Car c’est un drame ?
LA MÈRE. – Une sorte de drame.
JOSÉPHINE. – Une sorte de drame dans l’ensemble‚ mais avec des moments burlesques pour détendre l’atmosphère.
MONSIEUR TSCHISSIK‚ avec soulagement. – Ah !
KARL. – Continuons.
LA MÈRE. – La jeune fille‚ Sulamith... Mme Tschissik... la jeune fille est reconduite à Bethléem chez son père Manoach... M. Tschissik...
MONSIEUR TSCHISSIK. – Je joue le père de ma femme ?
KARL. – Elle est reconduite chez son père Manoach‚ M. Tschissik‚ par Cingintang – moi.
MAX. – Karl‚ lui-même.
KARL. – Le sauvage serviteur d’Absalon. Raban. Cingintang‚ le rôle que je joue‚ est un être très rustre, entre l’animal et l’homme et...
LA MÈRE. – Raban joue Absalon‚ le héros qui sauva Sulamith dans la citerne‚ Mme Tschissik‚ et il la confie à son serviteur‚ Karl‚ le sauvage Cingintang pour qu’il la ramène à son père‚ M. Tschissik‚ Manoach.
KARL. – À Bethléem.
LE GRAND-PÈRE. – C’est compliqué.
LA MÈRE. – Mais la suite s’éclaire.
KARL. – Tandis que le serviteur simiesque conduit à dos de dromadaire la belle Sulamith vers son père‚ Absalon – Raban – pendant ce temps là...
RABAN. – Moi.
KARL. – Absalon‚ Raban‚ pendant ce temps-là‚ le héros de la citerne‚ fait un voyage à Jérusalem. Là‚ il s’éprend d’Awigaïl – Joséphine.
JOSÉPHINE. – Moi.
KARL. – Une riche et pure jeune fille et il oublie Sulamith...
MAX. – Mme Tschissik.
MADAME TSCHISSIK. – Moi.
KARL. – Il se marie.
JOSÉPHINE. – On se marie.
LA MÈRE. – Sulamith‚ Mme Tschissik...
MONSIEUR TSCHISSIK. – Ma femme.
KARL. – Votre fille.
LA MÈRE. – Sulamith‚ Mme Tschissik‚ attend son bienaimé – Raban.
RABAN. – Moi.
MAX. – Lui.
LA MÈRE. – Chez son père‚ M. Tschissik‚ à Bethléem...
KARL. – Elle chante son désespoir.
MADAME TSCHISSIK‚ Chanté. – Viele Menschen gehen nach Jeruscholajim und kommen beschulim...
MAX‚ il traduit. – Beaucoup de gens vont à Jérusalem et arrivent sans dommages...
MADAME TSCHISSIK‚ Chanté. – Lui‚ le noble jeune homme veut m’être infidèle !
KARL. – Elle décide de feindre la folie pour ne pas être obligée de se marier et pouvoir attendre.
MADAME TSCHISSIK‚ Chanté. – Ma volonté est de fer et mon coeur‚ je le transforme en forteresse.
LA MÈRE. – Son délire‚ qui est grand‚ ne traite généralement que du désert‚ de la citerne et du chat.
LE GRAND-PÈRE. – Ah oui‚ le chat...
KARL. – Mais ce désespoir extrême et bruyant fait fuir ses trois prétendants avec qui Manoach‚ son père...
MONSIEUR TSCHISSIK. – Moi ?
MAX. – Bravo !
KARL. – avec qui Manoach‚ son père n’avait pu maintenir la paix qu’en organisant une loterie.
LA MÈRE. – Les trois prétendants sont : Joël Gédoni‚ « le plus fort des héros »... Max.
MAX. – Moi.
LA MÈRE. – Avidanov‚ le propriétaire‚ encore M. Tschissik‚ sous un déguisement et des postiches et dans l’ombre‚ nous réglerons ça‚ et enfin‚ le prêtre Nathan... vous.
LE GRAND-PÈRE. – Moi ?
KARL. – Il se sent supérieur et a du ventre.
MAX‚ LE GRAND-PÈRE et MONSIEUR TSCHISSIK‚ ensemble‚ chanté. – Donnez-la-moi‚ je meurs d’amour pour elle !
KARL. – Mais pendant ce temps-là‚ Absalon – Raban – Absalon a eu des malheurs. Un chat du désert lui a tué sauvagement un de ses enfants et l’autre est tombé dans une citerne sans qu’il pût rien y faire. Il y voit des signes et en déduit des choses et il se souvient de sa faute. Il avoue tout à Awigaïl‚ Joséphine...
RABAN‚ chanté. – Modère tes pleurs...
JOSÉPHINE‚ chanté. – Cesse de me déchirer le coeur avec tes paroles !
RABAN‚ chanté. – C’est malheureusement la vérité que je dis.
KARL. – Faut-il qu’Absalon rejoigne Sulamith ? Faut-il qu’il abandonne Awigaïl ? Sulamith‚ elle aussi‚ mérite la miséricorde !
LA MÈRE. – Awigaïl lui rend la liberté.
KARL. – Alors que‚ pendant ce temps-là‚ à Bethléem‚ on voudra s’en souvenir‚ Manoach se lamente sur sa fille dont la santé mentale va désormais en s’aggravant...
MONSIEUR TSCHISSIK‚ distrait. – Oui‚ pardon. (Chanté.) Hélas‚ O mes vieilles années...
KARL. – Mais‚ Absalon arrive ventre à terre et‚ entendant sa voix‚ Sulamith est aussitôt guérie...
MADAME TSCHISSIK‚ chanté. – Le reste‚ père‚ je te le raconterai plus tard.
JOSÉPHINE. – Et Awigaïl périt de chagrin‚ là-bas‚ dans l’indifférence générale‚ au milieu des vignobles.
Temps.
MONSIEUR TSCHISSIK. – Oui‚ oui. Qu’est-ce que je pourrais dire ? C’est intéressant‚ cela ne manque pas d’intérêt. C’est peut-être un peu confus et c’est assez différent‚ si on y réfléchit‚ de notre répertoire habituel.
LE GRAND-PÈRE. – Je ne suivais pas bien tout.
MONSIEUR TSCHISSIK. – Oui‚ je ne peux pas mieux dire‚ on se perd un peu.
LE GRAND-PÈRE. – Mais‚ qui sait ? avec plus de musique...
EDUARDOWA. – En tout cas‚ moi‚ j’aimerais bien faire le Chat du Désert...
MADEMOISELLE. – Ce n’est pas un rôle‚ ma grande‚ c’est un symbole.
Chez nous, la scène s'arrête là, mais plus tard ça devient encore plus bizarre. On a un type qui s'appelle Auguste et qui boit (comme sa mère), des filles de mauvaise vie qui entrent en école de couture, une fille complètement idiote appelée Othilie, Wolf, un écrivain diplomate distingué, et enfin Walter le compositeur britannique qui "ne peut pas passer ses examens car il est atteint d’une maladie incurable." et vit dans un pavillon retiré au fond de son jardin japonais ou je sais pas quoi... Un truc complètement bizarre, si bien qu'à la fin le grand père demande "Mais il y a une seule pièce ou il y en a plusieurs ?".
lundi 12 mai 2008
Death Note
Tout à l'heure, mon oncle en passant devant ma bibliothèque a fait un constat auquel je ne m'attendais pas franchement : "Tiens ! Tu lis Death Note ?". Qu'est-ce que ça a de si surprenant, comme question, me demanderez vous ? Et bien, je me rends compte que j'avais totalement oublié d'en parler ici O_o.
Parmi les manga qu'ont lu ceux qui ne lisent aucun manga, au milieu d'une série de bons gros blockbusters infatigables tels que Naruto, Bleach ou One Piece, on a Death Note, le nouveau manga à grand succès. Cependant, bien loin de succomber à la mode un peu facile du shounen (manga pour garçon avec de la baston, de l'aventure et un héros un peu débile qui découvre le monde en évoluant à travers une galerie de quatorze billions de personnages), Death Note fuit la facilité pour devenir un thriller psychologique fascinant.
Light/Raito (comme ça vous chante, l'auteur a fait un peu n'importe quoi) Yagami est parfait : beau garçon, poli, propre sur lui, bon fils et excellent élève, il n'a absolument aucun défaut manifeste. Sous cette apparence idéale, par contre, Light est avant tout un réac pro peine de mort rêvant à un dieu vengeur qui exterminerait les assassins et autres personnes ayant commis des crimes horribles. Là, le lecteur sain d'esprit se dit "Ouf, heureusement qu'il n'a pas les moyens de le faire o_o"... C'est un fou furieux, ce type.", mais manque de bol... Un beau jour, Light découvre un cahier noir détenu par un shinigami ("dieu de la mort" très moche appellé Ryuuk, grand amateur de pommes), et apprend qu'il est à présent détenteur d'un grand pouvoir
: il lui suffit d'écrire un nom dans le cahier (le fameux "death note") pour que la personne visée meurt d'une crise cardiaque au bout d'une minute. Light va donc profiter de ce pouvoir sous le pseudonyme de Kira ("killer" dit avec un accent japonais de la mort) et tuer tous les criminels dont il entend parler aux infos, soutenu par tout un fanclub de gens qui partagent ses opinions douteuses sur internet.
Sauf que bien évidemment, les méfaits de Kira finissent par intriguer le FBI et on désigne l'un des plus éminents détectives du monde (en fait, LE plus éminent, puisque les deux autres sont deux de ses pseudonymes ¬_¬), le dit "L", pour démasquer Kira.
À partir de là, le rythme de l'action ne cesse de s'accélérer, on suit à la fois un Kira qui sombre dans la folie (l'est persuadé d'être dieu, le pauvre garçon), un L très original qui ne cesse de réfléchir, leurs chassés croisés, et on attend avec impatience l'issue de l'enquête.
Moi qui n'aime pas les romans policiers ni ce type d'intrigue,s j'avoue avoir vraiment aimé Death note qui, en plus de bénéficier d'un character design très agréable (je trouve), prend vraiment aux tripes jusqu'à la fin. Le dessin animé est très convenable, quoique très inégal au niveau de la production (des épisodes somptueux, d'autres bien moins). En revanche, évitez à tout prix le film, qui est une abomination (c'est surjoué, et les acteurs ressemblent plus à des cosplayers qu'à autre chose). On s'attache vite à l'un ou l'autre des protagonistes (personnellement je trouve L vraiment génial) et les dix tomes s'avalent à une vitesse ahurissante.
À gauche le très bizarre détective L, à droite le "trop parfait" pour être honnête Light.
dimanche 20 avril 2008
Peer Gynt
PEER GYNT
Peer Gynt, jeune et grand garçon issu d'une famille anciennement prestigieuse (son père, Jon Gynt, a dilapidé son argent dans des fêtes et autres ; il est mort et seule reste Åse, sa mère), semble ne pas savoir quoi faire de lui même ; il est paresseux, dégénéré, ne cesse de mentir, ne prend aucune responsabilité, s'enthousiasme pour un rien et s'enfuit devant le moindre obstacle, en prenant souvent comme prétexte d'être "lui même" et personne d'autre. Pourtant, il subit sans vraiment le savoir une crise d'identité, et quoi qu'il fasse, quoi qu'il tente de devenir (troll, amant, bucheron, marchand d'esclaves, prophète, fou...) il n'arrivera jamais à trouver un état fixe. Tantôt on s'attache à lui, tantôt on le trouve bien médiocre ; tantôt il semble raisonnable, tantôt il s'accommode à n'importe quoi. Mais qui est Peer Gynt ?
J'ai découvert cette pièce lorsque nous sommes allés la voir dans le cadre de mes cours de théâtre, et je l'avais beaucoup aimée (moi qui suis incapable de survivre passé 10h du soir, j'ai pu regarder les 4h45 du spectacle sans broncher et sans fermer l'oeil). En revenant chez moi on m'a dit que l'un des CD que j'écoutais plus petite (et effectivement je visualise très bien la jaquette), qui étaient en vérité les musiques d'Edvard Grieg sur Peer Gynt. J'ai décidé de lire le livre, qu'on a acheté ; il se lit très bien, et je le conseille grandement.
Ce que je trouve le plus intéressant, dans l'oeuvre, c'est le passage d'un registre à un autre : en fait, ce sont les moments qui commençaient de la façon la plus comique qui se terminent sur la note la plus grave, voire la plus inquiétante (je ne donnerais pas d'exemple, car ça risquerait de vous faire perdre ce sentiment déroutant). Par ailleurs, la crise d'identité de Peer Gynt devient petit à petit un problème réel (disons que sa vie est en jeu, en quelque sorte), et la pièce se termine sur une incertitude. Par ailleurs on a droit à une grande galerie de personnages parfois vraiment spéciaux (le fondeur de boutons, le roi de Dovre, la mère de Peer, les fous, le grand Courbe, le passager du bateau...), tantôt drôles tantôt malsains (et c'est en étant malsains qu'ils sont drôles ; je fais notamment référence à l'homme plume et au passager du bateau, qui sont vraiment des cas sociaux) mais dont la rencontre avec Peer Gynt sera généralement traumatisante pour ce dernier.
J'aime beaucoup cette illustration en couverture (c'est d'Arthur Rackham, d'après ce qui est écrit derrière) : Peer Gynt devant le roi de Dovre.
jeudi 27 mars 2008
Nous, Les Héros
Là, il s'agit d'un texte que nous avons étudié en théâtre et que nous représenterons en fin d'année (avec "La Fausse Suivante" de Marivaux, dont je parlerais sans doute plus tard), et qui est particulièrement intéressant en cela qu'il est une sorte d'hommage aux acteurs. C'est un texte très poignant, à la fois drôle et profondément triste, qui fait sourire puis rend mal à l'aise. Une troupe à la Molière d'acteurs un peu à la ramasse vit sa vie... On s'apprête à fêter des fiançailles, on se demande où on va aller, on réfléchit à la prochaine pièce... L'écriture de Jean Luc Lagarce est, au départ, un peu difficile, et on met un moment à se plonger dedans, mais dès qu'on a compris le truc tout semble infiniment fluide et réel. Je poste un article là dessus parce qu'aujourd'hui j'ai redécouvert tout un passage qui ne m'avait pas frappé à la base, et que je trouve aujourd'hui très poignant.
Mme Tchissik, belle jeune femme, expliquant à un prétendant pourquoi en dépit de tout elle aime son mari, bien qu'il soit ridicule :
"Pourquoi une femme comme moi a-t'elle pu unir sa vie avec un homme tel que lui, tout le monde depuis de nombreuses années se demande cela et se moque de lui et me plaint et encore, me soupçonne de mensonge, de fausseté et le juge ridicule.
La prétention médiocre des jolies personnes...
Les garçons comme vous, à vouloir me promettre tant de choses si je promettais avant eux,
les garçons comme vous, quelques petits épargnats de l'amour, ne sachant trop si ils doivent tout miser ou se réserver pour des épouses comme votre Joséphine (cf : fille un peu potiche dans la pièce, qui va se fiancer avec le prétendant),
les garçons comme vous, sans force,
vous n'imaginez pas combien j'en ai vus, combien j'en ai entendus, combien tard dans la nuit sont venus me faire leurs adieux émus, espérant lâchement que je leur céderais ecore à cet instant ultime.
Vous n'imaginez pas.
Lui, là, mon mari, l'homme avec qui je décidai de partager la vie,
et elle fut difficile et elle le sera plus encore, de plus en plus, je ne l'ignore pas,
lui, là, mon mari, il est venu vers moi, un jour, un peu ridicule, un peu emprunté comme il le fait toujours, comme il a toujours été,
un peu vulgaire aussi, pourquoi non ?
lui,
il est venu vers moi et il m'a demandé vraiment,
Vraiment, je ne saurais pas mieux dire.
Il m'a dit qu'il m'aimait.
Vous pouvez chercher dans votre mémoire, vous avez oublié de me dire ça, vous l'avez gardé pour l'estocade finale, en réserve, l'arme définitive.
Vous ne me l'avez pas encore dit.
Lui, il a dit ça en commençant, il s'est laissé aller vers le ridicule le plus grand, il s'est planté devant moi tel qu'il est et il m'a dit qu'il m'aimait. Il avait peur, je crois bien.
Il m'a dit qu'il m'aimerait vraiment, si je ne l'aimais pas,
et qu'il m'aimerait encore, vraiment, loin de moi, si je devais le rejeter et si plus jamais nous ne nous rencontrions.
Il était là devant moi, il était comme il a toujours été, il ne trichait pas, il n'attendait rien,
il disait juste,
il avait dit et il me laissait répondre.
Il n'exigeait rien de moi, il ne me reprochait rien par avance, il ne me promettait pas qu'il serait malheureux si je le refusais.
Et j'ai pensé, je ne l'avais jamais pensé auparavant, j'ai pensé que cet homme là, un peu ridicule, un peu perdu, avec sa peur, que cet homme là m'aimait peut être comme jamais encore personne ne m'avait aimée.
Vraiment, sans négociation, sans ce petit chantage mélancolique que prennent les hommes pour se garantir de l'avenir.
Il attendait, il n'exigeait rien. Il était émouvant comme aucun de ces petits garçons depuis ne l'a jamais été et n'a réussi à me détourner de lui. Il disait avec tout le courage du monde son amour pour moi et sa vérité.
Et j'ai su qu'il y avait un secret entre lui et moi.
Et j'ai eu de la tendresse pour lui."
mercredi 26 mars 2008
Le Guépard
Cette année, comme je l'ai déjà dit au début, notre prof de littérature est vraiment intéressant, et les oeuvres qu'on aborde, même si elles nous ennuyaient à la première et à la seconde lecture, nous apparaissent comme passionnantes une fois qu'on les a étudiées. Coup de bol, j'aimais déjà celle là avant qu'on en parle en classe, et résultat elle me plaît encore plus maintenant. L'histoire n'a pas beaucoup d'importance, mais je vais vous la raconter quand même : Un aristocrate Sicilien assiste au destin de sa classe. Ca peut paraître un peu lourd, personnellement quand j'ai lu la petite citation en quatrième de couverture je pensais que ça allait être un truc historique fatiguant, mais en vérité, c'est une réflexion assez aboutie sur le sens de la vie, et plus précisément sur sa destination : la mort (ooouh, c'est joyeux, çaaa XD). Pour moi, le Guépard est en quelque sorte un roman parfait, parce qu'il est très riche en significations, en symboles, en petites trappes à explorer... Un peu comme pour les Contes de Perrault, qui avaient de semblables qualités.
Un petit passage qui reflète assez bien la visée politique et l'humour du roman :
"Maintenant, sensible comme il (Fabrizio) l'était aux présages et aux
symboles, il contemplait la révolution qui montait l'escalier en cravate
blanche et habit noir. Non seulement il avait cessé d'être le plus gros
propriétaire de Donnafugata, mais il se voyait encore contraint de
recevoir en costume d'après midi un invité qui se présentait en tenue de
soirée.
Sa gêne fut grande ; elle durait encore tandis qu'il s'avançait
mécaniquement vers la porte, pour recevoir son hôte. Elle fut cependant
une allegée quand il le vit. Parfaitement justifié en tant que
manifestation politique, on pouvait cependant affirmer que,comme
réussite vestimentaire, le frac de Don Calogero était une catastrophe. Le
drap en était très fin, le modèle récent, mais la coupe tout simplement
monstrueuse. Le verbe londonnien s'était maladroitement incarné en un
artisan de Girgenti, à qui s'était adressé la tenace avarice de Don
Calogero. Les pointes des deux pans se redressaient vers le ciel en une
muette supplication, le vaste col était informe, et, il faut l'avouer
bien que cela soit fort douloureux, les pieds du maire étaient chaussés
de bottines à boutons."
lundi 24 mars 2008
Dragon Head
Encore un manga dont je n'ai pas parlé, Dragon Head. Les dix tomes de la série se dévorent à une vitesse ahurissante et un lecteur normalement constitué doit éviter de faire ce style de lecture tard le soir (surtout les premiers volumes, qui sont insupportables). Si vous n'aimez pas les scénarios gores et inquiétants dans un contexte post-apocalyptique, alors vous n'aimerez pas Dragon Head (je préfère le dire dès maintenant).
Un train à bord duquel des lycéens partaient en voyage scolaire se retrouve coincé dans un tunnel après un éboulement. Tous les passagers sont morts exceptés trois adolescents, mais ils réalisent qu'ils ne peuvent pas sortir et sombrent plus ou moins dans la folie à force de rester au milieu de tous ces morts. Lorsqu'ils sortiront du tunnel, ils regretteront presque de ne pas être morts, eux aussi, parce que ce qui les attend à l'extérieur, c'est le monde après l'apocalypse. (Bwaah... J'en tremble)
dimanche 23 mars 2008
Ranma 1/2
RANMA 1/2
Je n'aurais jamais cru avoir à donner mon avis sur un manga aussi vieux, mais certaines personnes refusent de me croire quand je leur dit que c'est super, alors je vais quand même en parler u_u !
Synopsis : Soun Tendo apprend qu'il va bientôt recevoir la visite d'un ami de longue date, Genma Saotome, ansi que son fils Ranma qui doit avoir environ le même âge que ses filles, Akane, Nabiki et Kasumi, aussi il a le bon espoir de marier l'une d'elle au nouvel arrivant. Mauvaise surprise, il s'avère que Ranma est une fille, et Genma un panda... Ou plutôt, ils le deviennent si ils entrent en contact avec de l'eau froide, et reprennent leur apparence habituelle avec un coup d'eau brûlante. Pourquoi ? Genma et son fils, lors de leur voyage en Chine, ont eu la mauvaise idée de tomber dans les "sources maléfiques" (de la région du même nom) du panda et de la jeune fille, d'où leur malédiction.
Mon avis sur la série : Bon, c'est bien gentil, mais ça va nous mener où, tout ça ? Pour vous répondre franchement, à un énorme n'importe quoi. Rumiko Takahashi, la mangaka, s'amuse à faire subir à ses personnages des expériences totalement débiles. En fait, comme les protagonistes sont issus de familles de combattants, et possèdent un dojo, le manga repose surtout sur le concept suivant : "Comment faire un manga de baston avec un billiard de personnages et de struc qui n'ont aucun rapport". On se retrouve avec de la baston - patinage artistique, de la baston - gymnastique, de la baston - théâtre, de la baston - casino, de la baston - baston, de la baston - cuisine (avec des nouilles, des okonomiyakis, de la bouffe chinoise et autres mets transformés en armes de guerre)... Ca part dans tous les sens, il n'y a absolument aucune morale, les personnages sont nombreux et tous franchement tordus... Aucune torture psychologique, aucun pathos, aucune larme, aucun frisson, juste des répliques inoubliablement débiles, des personnages nombreux mais attachants et des situation assez drôle.
Le dessin animé - trèèèès vieeeuuuux - a moins bien vieilli que la BD, et beaucoup moins chouette, donc préférez le manga papier !
Philosophie
Parmi les philosophes étudiés en cours, j'ai plein d'ennemis...
Il y a des ennemis mortels :
- Freud (paranoïaque) : Mais si, je te jure ! Si tu as dit "Pourrir" à la place de "courir", et que dans ton rêve tu as vu un poisson rouge qui avait la voix de ta mère, c'est que dans ta petite enfance tu as dû accompagner tes parents au supermarché, qu'ils t'ont refusé un jouet bas de gamme et que tu t'es senti trahi par l'instance paternelle et maternelle, ce qui a un lien profond avec le complexe oedipien qui régit ta vie tout entièèère ¤_¤ !
- Platon (crâneur) : Hmmm... Seuls les philosophes peuvent diriger la cité juste u_u. Philosophe, on l'est ou on l'est pas. Socrate, mon prof, LUI c'était un vrai philosophe (et il souffrait pas d'un complexe d'infériorité, ah ça...). Et moi je suis donc un vrai philosophe aussi ! Un vrai de vrai ! Je me demande qui va diriger la cité juste ¬_¬...
Quelques uns que je peux apprécier ou pas selon les circonstances :
- Kant (humaniste convaincu, mais pas écolo) : À partir du moment où on regarde ce qui n'est pas humain, il n'y a aucune différence entre
un chat et un cailloux.
(Et en moins pire, on a :
- Sartre (cynique) : Bwahahahaha, je suis méchant...
- Voltaire (mauvais comme la galle) : Bwahahahahahahahahaha, je suis suuuper méchaaannt !
- Hannah Arendt (chouchoute) : Et moi les profs m'aiment trop !
- Epicure : Pour atteindre le bonheur il suffit de manger, boire, dormir et être en bonne santé ! Tout ce qui ets humain rend malheureux u_u !
- Lucrèce (libertin avant gardiste) : Tiens tiens... Mais la passion, c'est spécifiquement humain, donc pour avoir une vie saine il faut régulièrement changer de compagne, non *o* ?
- Nietzche (euh...) : Mon nom est totalement impossible à écrire !)
Mais tout en tout, j'en ai trouvé qu'un avec qui je suis souvent d'accord, et le pire c'est que c'est même pas vraiment un philosophe, c'est... Montaigne.
Montaigne, c'est un type de la seconde moitié du 16ème siècle qui a écrit son blog, les Essais, des petites bribes de réflexions personnelles sur plusieurs sujets. Je dis que je suis globalement d'accord, mais au fond j'ai pas tout lu, donc si vous trouvez des propos outrants de sa part, rapportez les moi - je mettrais Montaigne aussi sur mon tableau de chasse -, mais en attendant c'est l'un de mes penseurs - à défaut d'être philosophe - préféré ! Lisez-moi ça !
(On dirait pas, comme ça, mais j'aime quand même la philo, hein)










